Introduction
Réponse directe. En 2026, les cotisations du chirurgien-dentiste libéral ne se calculent pas en appliquant un taux unique au chiffre d’affaires. Elles dépendent notamment du revenu d’activité retenu, de l’assiette sociale, des barèmes applicables, de la ventilation des revenus et des appels provisionnels déjà réglés.
La réforme de l’assiette sociale est mise en œuvre en 2026 lors de la régularisation des cotisations dues au titre de 2025, après la déclaration des revenus 2025. Pour les travailleurs indépendants au réel, l’assiette est construite à partir d’un revenu brut social auquel s’applique un abattement forfaitaire de 26 %. Pour les professionnels relevant du régime micro-fiscal, hors micro-entrepreneurs, l’Urssaf indique que l’abattement fiscal propre au régime micro s’applique à la base de chiffre d’affaires, et non l’abattement de 26 %.
Cette réforme ne permet donc pas de déduire les cotisations en appliquant mécaniquement BNC × 74 % ou CA × 74 %. Le revenu brut social dépend des données déclarées et des règles applicables à la structure et au régime fiscal. L’appel officiel de l’Urssaf reste la référence pour les cotisations recouvrées par l’Urssaf.
Pour piloter votre cabinet, séparez trois sujets :
- les cotisations et contributions recouvrées par l’Urssaf ;
- les cotisations de retraite et de prévoyance appelées par la CARCDSF ;
- le revenu réellement disponible après charges, appels et provisions.
Pourquoi les cotisations d’un dentiste sont difficiles à prévoir ?
Un cabinet dentaire peut associer soins conservateurs, prothèses, implantologie, esthétique, dépassements d’honoraires et actes non conventionnés. Deux chirurgiens-dentistes ayant le même chiffre d’affaires peuvent donc supporter une charge sociale différente selon leur revenu professionnel et la nature de leurs recettes.
Les charges du cabinet compliquent encore la projection : personnel, prothèses, laboratoire, loyer, consommables, assurances, emprunts et amortissements. Une année d’équipement peut réduire le revenu déclaré, puis une année sans investissement le faire remonter. Pendant ce temps, les appels provisionnels reposent sur des revenus antérieurs et sont ajustés lorsque la déclaration annuelle est connue.
Le bon indicateur n’est donc pas le chiffre d’affaires isolé. Il faut rapprocher :
- le revenu professionnel estimé ;
- les cotisations Urssaf calculées sur ce revenu ;
- les appels déjà payés ;
- les cotisations CARCDSF à venir ;
- les autres sorties de trésorerie du cabinet.
Pour relier ces charges à ce qu’il vous reste réellement, consultez aussi notre guide sur le revenu disponible du chirurgien-dentiste libéral.
Ce qui change en 2026 : l’assiette sociale
Une assiette commune fondée sur le revenu brut social
La réforme concerne notamment les professions libérales réglementées et les praticiens ou auxiliaires médicaux. Pour une entreprise individuelle ou un professionnel exerçant à l’impôt sur le revenu, l’Urssaf définit le revenu brut comme le chiffre d’affaires diminué des charges de l’entreprise, à l’exclusion des cotisations sociales et de la CSG déductibles fiscalement.
Ce revenu brut est ensuite diminué de 26 % pour constituer l’assiette sociale de référence au réel. Il ne faut pas confondre automatiquement :
- chiffre d’affaires encaissé ;
- bénéfice comptable ;
- résultat fiscal BNC ;
- revenu brut social ;
- revenu retenu pour les calculs propres à la CARCDSF.
Ces montants peuvent différer selon le régime fiscal, les éléments déclarés et les règles propres à chaque organisme.
Le PASS 2026 est fixé à 48 060 €. Il sert de référence pour plusieurs seuils et cotisations de 2026, notamment à la CARCDSF. Toutefois, pour la régularisation des revenus 2025 effectuée en 2026, les tableaux Urssaf de la réforme utilisent les repères du PASS 2025, fixé à 47 100 €. Il ne faut donc pas remplacer automatiquement les seuils publiés par l’Urssaf par ceux du PASS 2026.
Le seuil micro-BNC ne suffit pas à déterminer les cotisations
Pour les revenus perçus en 2026, le régime fiscal micro-BNC peut s’appliquer si les recettes hors taxes de l’année 2025 ou de l’année 2024 ne dépassent pas 83 600 €, sous réserve des règles de comparaison entre les années N-1 et N-2.
Ce seuil concerne le régime fiscal micro-BNC. Il ne permet pas, à lui seul, de déduire le montant des cotisations Urssaf et ne transforme pas automatiquement une activité réglementée en régime micro-social.
Le choix entre micro-BNC et déclaration contrôlée doit tenir compte des charges réelles, des investissements, de la situation du cabinet et des règles fiscales applicables. Les cotisations sociales doivent être déterminées séparément.
Les principales cotisations Urssaf du chirurgien-dentiste
Assurance maladie : assiette conventionnée et reste du revenu
Pour la régularisation des revenus 2025 opérée en 2026, l’Urssaf distingue l’assiette d’assurance maladie correspondant aux revenus conventionnés ouvrant droit à la participation de la CPAM et le reste du revenu d’activité non salarié.
Sur l’assiette ouvrant droit à la participation de la CPAM, le barème publié par l’Urssaf est le suivant :
- 0 % pour les revenus inférieurs à 20 % du PASS, soit 9 420 € selon le PASS 2025 utilisé pour cette régularisation ;
- un taux progressif de 0 % à 8,50 % entre 20 % et 300 % du PASS, soit entre 9 420 € et 141 300 € ;
- 6,50 % au-delà de 300 % du PASS.
La participation de l’Assurance Maladie est elle-même progressive et peut atteindre 8,40 % selon le revenu et l’assiette retenue. Elle ne signifie pas que l’ensemble des cotisations du praticien est pris en charge.
Sur le reste du revenu d’activité non salarié, le barème publié par l’Urssaf est différent :
- 3,25 % pour les revenus inférieurs à 20 % du PASS ;
- un taux progressif de 3,25 % à 11,75 % entre 20 % et 300 % du PASS ;
- 9,75 % au-delà de 300 % du PASS.
Il est donc incorrect de présenter 3,25 % comme un taux forfaitaire applicable à tous les dépassements d’honoraires et revenus non conventionnés. Le taux dépend de la tranche de revenu et de l’assiette effectivement retenue.
| Assiette | Repères utilisés pour la régularisation 2025 en 2026 | Point d’attention |
|---|---|---|
| Assiette ouvrant droit à la participation de la CPAM | 0 % sous 20 % du PASS, puis taux progressif jusqu’à 8,50 % entre 20 % et 300 % | La participation de l’Assurance Maladie est distincte du taux facturé au praticien |
| Même assiette au-delà de 300 % du PASS | 6,50 % | Vérifier l’assiette réellement retenue |
| Reste du revenu d’activité non salarié | 3,25 % sous 20 % du PASS, puis taux progressif jusqu’à 11,75 %, puis 9,75 % au-delà de 300 % | Ne pas appliquer 3,25 % à toute l’activité |
Ces taux s’appliquent à l’assiette concernée et non mécaniquement à l’ensemble du chiffre d’affaires. La qualification sociale exacte dépend des catégories de revenus retenues dans la déclaration et par l’Urssaf.
Allocations familiales
Le barème 2026 des allocations familiales comprend :
- un taux nul sous 110 % du PASS ;
- un taux progressif entre 110 % et 140 % du PASS ;
- un taux de 3,10 % au-delà de 140 % du PASS.
Pour une cotisation calculée sur les revenus 2025 régularisés en 2026, les repères correspondants sont 51 810 € pour 110 % du PASS 2025 et 65 940 € pour 140 % du PASS 2025. Pour les revenus 2026 régularisés ultérieurement, les seuils devront être vérifiés avec le PASS applicable à cette période.
| Tranche de revenus | Repère pour les revenus 2025 régularisés en 2026 | Taux indiqué |
|---|---|---|
| Moins de 110 % du PASS | Moins de 51 810 € | 0 % |
| De 110 % à 140 % du PASS | 51 810 € à 65 940 € | Progressif de 0 % à 3,10 % |
| Plus de 140 % du PASS | Plus de 65 940 € | 3,10 % |
Le taux progressif s’apprécie sur l’assiette prévue par les règles sociales. Il ne faut donc pas appliquer directement 3,10 % au chiffre d’affaires sans tenir compte du revenu d’activité retenu.
CSG-CRDS, indemnités journalières, CFP et CURPS
Pour les chirurgiens-dentistes, la page Urssaf dédiée indique notamment les repères suivants pour 2026 :
| Contribution | Repère 2026 |
|---|---|
| CSG-CRDS | 9,70 % selon l’assiette et les éléments prévus par le barème Urssaf |
| Indemnités journalières | 0,30 %, avec assiette minimale de 40 % du PASS et maximale de 3 PASS |
| CFP | 0,25 % du PASS, soit 120 € en 2026 |
| CURPS | 0,30 % du revenu d’activité non salarié, plafonnée à 240 € en 2026 pour un chirurgien-dentiste |
La réforme de l’assiette sociale modifie la base de calcul et la répartition entre les différentes cotisations. Il faut donc utiliser le calcul présenté sur l’échéancier Urssaf plutôt que reconstituer une liquidation complète en additionnant des taux généraux.
La CFP et la CURPS doivent être intégrées dans la provision, sans être confondues avec les cotisations CARCDSF.
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Étape 1 : partir du résultat, pas du chiffre d’affaires
Commencez par les encaissements réellement reçus, puis retranchez les dépenses liées au cabinet : personnel, prothèses, laboratoire, loyer, fournitures, assurances, emprunts et autres charges professionnelles.
Le résultat obtenu n’est pas encore votre revenu disponible. Il faut également tenir compte :
- des cotisations Urssaf ;
- des échéances CARCDSF ;
- de l’impôt éventuel ;
- des investissements à venir ;
- des provisions nécessaires pour les régularisations.
Pour une activité au réel, le résultat comptable, le revenu fiscal et le revenu brut social peuvent diverger.
Étape 2 : séparer Urssaf, CARCDSF et appels déjà réglés
L’Urssaf recouvre notamment l’assurance maladie, les allocations familiales, la CSG-CRDS, les indemnités journalières, la CFP et la CURPS.
La CARCDSF couvre les régimes de retraite et de prévoyance des chirurgiens-dentistes, selon ses propres règles et appels. Elle distingue notamment le régime de base, le régime complémentaire, le régime des prestations complémentaires de vieillesse et le régime invalidité-décès.
Les cotisations CARCDSF ne doivent pas être ajoutées une seconde fois à l’estimation Urssaf. Leur montant peut dépendre du revenu retenu, de l’ancienneté d’affiliation, de la situation du praticien et des éventuelles demandes de réduction ou de dispense. La simulation publiée par la CARCDSF précise elle-même qu’elle peut comporter des différences avec l’appel réel.
Votre tableau mensuel doit comporter au minimum :
- le montant Urssaf estimé sur les données courantes ;
- le montant CARCDSF estimé ou appelé ;
- les paiements déjà effectués ;
- la provision complémentaire à conserver ;
- le revenu disponible après charges, cotisations et provisions.
Étape 3 : suivre la composition des revenus
Une variation de la part des revenus entrant dans l’assiette ouvrant droit à la participation de la CPAM peut modifier le montant réellement supporté par le praticien. Les autres revenus sont soumis au barème applicable au reste du revenu d’activité non salarié, qui est progressif.
Prenons le cas de Thomas, chirurgien-dentiste installé à Lyon. Son cabinet encaisse 180 000 € sur une année et supporte 79 200 € de charges d’exploitation. Une partie de son activité comprend des revenus non conventionnés et des dépassements d’honoraires.
Pour obtenir une estimation exploitable, Thomas doit connaître :
- son revenu professionnel retenu ;
- son assiette sociale ;
- la ventilation de ses revenus ;
- ses appels Urssaf déjà réglés ;
- ses échéances CARCDSF ;
- les éventuelles prises en charge conventionnées.
Le calcul (180 000 - 79 200) × 74 % ne suffit pas. Il ne tient compte ni de la définition exacte du revenu brut social, ni des barèmes par tranche, ni de la ventilation des revenus, ni des cotisations CARCDSF.
Étape 4 : comparer la dette probable aux appels versés
La provision utile ne correspond pas à un pourcentage arbitraire du chiffre d’affaires. Elle mesure l’écart entre une charge sociale estimée et les appels déjà payés ou prévus.
| Élément suivi | Question à se poser |
|---|---|
| Cotisations Urssaf estimées | Quel montant ressort de mon activité et de mon revenu projeté ? |
| Appels Urssaf déjà payés | Quelle somme a réellement quitté le compte professionnel ? |
| Cotisations CARCDSF estimées | Quelle échéance de retraite ou de prévoyance dois-je préparer séparément ? |
| Provision disponible | Quelle somme puis-je conserver sans la considérer comme rémunérable ? |
Ce tableau décrit une méthode de pilotage et non une liquidation officielle. L’échéancier et les appels transmis par les organismes prévalent.
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Le suivi mensuel complète le travail du comptable
Le comptable établit et sécurise vos déclarations ; le suivi mensuel vous aide à piloter l’intervalle entre deux échéances. Il ne remplace ni la déclaration, ni l’appel Urssaf, ni l’analyse comptable. Il fournit une estimation actualisée de votre revenu disponible et de la somme à mettre de côté lorsque votre activité évolue.
Cette distinction est utile en cas d’investissement, de variation du chiffre d’affaires ou de changement de composition des recettes. Votre comptable dispose de la vision fiscale et réglementaire complète ; un suivi mensuel vous donne une alerte de trésorerie plus fréquente.
Trois réflexes pour anticiper la régularisation
Provisionner l’écart, pas un taux fixe
Comparez la dette estimée avec les appels déjà payés. Révisez la provision si votre résultat, la composition de vos recettes ou vos investissements évoluent.
Une règle fixe appliquée au chiffre d’affaires peut sous-estimer les cotisations ou immobiliser inutilement votre trésorerie.
Moduler lorsque l’estimation change
Si vos revenus courants s’éloignent fortement de la base utilisée pour vos appels, vous pouvez étudier une modulation depuis votre espace Urssaf. Une estimation interne peut préparer cette démarche, mais elle ne modifie pas automatiquement l’échéancier officiel.
L’Urssaf permet également de consulter un échéancier présentant la régularisation de l’année précédente et les cotisations provisionnelles à venir. Pour comprendre le décalage entre les appels et la charge définitive, consultez le guide sur la régularisation Urssaf et les mauvaises surprises.
Conserver les documents qui expliquent l’écart
Gardez les appels, justificatifs de paiement, déclarations, éléments transmis par votre comptable et données d’encaissement. En cas d’écart, vous pourrez distinguer une variation d’activité, un changement d’assiette ou une régularisation déjà appelée.
Que se passe-t-il si vous n’anticipez pas ?
Les cotisations sociales sont souvent suivies après coup, au moment du bilan ou de la réception d’un nouvel appel. Cette organisation peut fonctionner lorsque l’activité est stable, mais elle devient fragile dès qu’un investissement, une hausse d’encaissements ou une régularisation modifie la trajectoire.
Un retard de paiement peut entraîner une majoration initiale de 5 %, puis une majoration complémentaire de 0,20 % par mois ou fraction de mois, selon les règles applicables et la situation du cotisant.
Une régularisation importante peut également immobiliser plusieurs mois de marge du cabinet, réduire les virements personnels et retarder un investissement déjà prévu. L’impact exact dépend du montant appelé et de la trésorerie disponible ; il ne peut pas être déduit d’un nombre de mois standard.
Sans vision du revenu réellement disponible, vous pouvez conserver un niveau de rémunération ou un calendrier d’investissement sans mesurer l’effet des cotisations à venir. Le choix entre micro-BNC et déclaration contrôlée doit être étudié avec votre comptable, à partir de vos charges et de votre situation.
Un suivi mensuel permet de détecter plus tôt l’écart entre activité, appels et provision, sans se substituer aux organismes sociaux ni au conseil comptable.
Les taux et montants présentés restent des repères réglementaires. L’appel Urssaf, l’échéancier CARCDSF et les données déclarées prévalent toujours.
Sources officielles :
- Urssaf — Les cotisations d’un chirurgien-dentiste
- Urssaf — Réforme de l’assiette sociale et du barème des cotisations sociales
- CARCDSF — Simulation des cotisations du praticien
- Service-Public.fr — Seuils du régime micro-BNC
- Urssaf — Demander une remise de majorations
Vérification des repères réglementaires : 21 octobre 2026. Les règles peuvent évoluer ; vos appels Urssaf et CARCDSF prévalent sur les exemples de cet article.
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