Introduction
Quand on s’installe comme orthoptiste libéral, le chiffre d’affaires encaissé peut donner une impression trompeuse. Un mois à 6 000 € de recettes ne signifie pas que 6 000 € sont disponibles pour vivre. Une partie servira aux charges du cabinet, une autre aux cotisations sociales recouvrées par l’URSSAF, une autre encore aux cotisations CARPIMKO, puis il faudra aussi garder de la marge pour les régularisations.
Le sujet est d’autant plus délicat pour les orthoptistes conventionnés que vous relevez du régime des praticiens et auxiliaires médicaux conventionnés — le régime PAMC — et de la CARPIMKO pour la retraite et la prévoyance. Autrement dit : vos prélèvements ne viennent pas d’un seul organisme, et ils ne suivent pas toujours le même calendrier.
Cet article vous aide à comprendre les cotisations URSSAF orthoptiste libéral 2026, la place de la CARPIMKO, l’impact de votre activité non conventionnée et surtout le réflexe de trésorerie à adopter : raisonner en revenu disponible, pas seulement en chiffre d’affaires.
Information vérifiée au 15 juin 2026 à partir des sources officielles URSSAF / Mon-entreprise, CARPIMKO et impots.gouv.fr. Les règles sociales et fiscales peuvent évoluer : pour un calcul opposable, référez-vous toujours à vos appels de cotisations, à votre espace professionnel et à votre expert-comptable.
Problématique
Le piège classique, pour un orthoptiste libéral, consiste à regarder le solde du compte professionnel après les encaissements du mois et à se dire : “je peux me verser ce qu’il reste”. Le problème, c’est que les cotisations sociales ne tombent pas toujours au moment où le revenu est généré.
En début d’activité, les appels peuvent être faibles ou forfaitaires. Après quelques mois ou l’année suivante, les organismes régularisent sur la base des revenus déclarés ou des assiettes transmises. C’est souvent à ce moment-là que l’écart apparaît : le cabinet tournait bien, mais l’argent qui aurait dû être mis de côté a déjà été utilisé.
Pour un orthoptiste, il faut donc suivre trois niveaux en même temps :
- le chiffre d’affaires encaissé : les recettes du mois ;
- le résultat de trésorerie professionnel : ce qui reste après les dépenses professionnelles déjà connues ;
- le revenu disponible : ce que vous pouvez réellement vous verser après avoir provisionné URSSAF, CARPIMKO, impôt personnel et autres échéances.
Explication
URSSAF et CARPIMKO : deux organismes, deux rôles différents
Dans le langage courant, beaucoup de soignants disent “mes charges URSSAF” pour parler de toutes leurs cotisations. En réalité, pour un orthoptiste libéral, il faut distinguer plusieurs blocs.
| Bloc | Organisme principal | Ce que cela couvre généralement |
|---|---|---|
| Cotisations et contributions sociales recouvrées par l’URSSAF | URSSAF | Maladie-maternité, allocations familiales, CSG-CRDS, contribution à la formation professionnelle, contribution aux unions régionales des professionnels de santé selon situation, et certaines cotisations spécifiques au régime PAMC |
| Retraite et prévoyance professionnelle | CARPIMKO | Retraite de base, retraite complémentaire, invalidité-décès et avantage social vieillesse — ASV — pour les auxiliaires médicaux conventionnés |
| Fiscalité personnelle | Administration fiscale | Impôt sur le revenu, selon votre foyer fiscal et votre régime d’imposition |
L’URSSAF et la CARPIMKO ne calculent donc pas exactement la même chose, n’appellent pas toujours les cotisations au même rythme et ne représentent pas le même risque de trésorerie. Vous pouvez être à jour d’un côté et recevoir un appel important de l’autre.
Pour éviter les mauvaises surprises, ne suivez pas seulement “ce qui a été prélevé”. Suivez aussi ce qui est probablement dû au regard de votre activité réelle.
Repères CARPIMKO 2026 à connaître
La CARPIMKO indique que l’affiliation est obligatoire pour les infirmiers, masseurs-kinésithérapeutes, pédicures-podologues, orthophonistes et orthoptistes exerçant en libéral. Elle précise aussi que les auxiliaires médicaux libéraux cotisent à quatre régimes obligatoires : régime de base, régime complémentaire, ASV et invalidité-décès.
Pour 2026, les repères publiés par la CARPIMKO sont notamment les suivants :
| Régime CARPIMKO | Repère officiel 2026 |
|---|---|
| Retraite de base | 8,73 % sur la première tranche et 1,87 % sur la seconde tranche, selon les limites indiquées par la CARPIMKO |
| Retraite complémentaire | Cotisation proportionnelle de 8,70 % sur une assiette comprise entre un plancher et un plafond |
| ASV des conventionnés | Cotisation forfaitaire globale de 671 €, dont 224 € à la charge de l’adhérent et 447 € réglés par la CPAM, plus une cotisation proportionnelle de 0,40 % sur l’assiette conventionnée, répartie entre part adhérent et part CPAM |
| Invalidité-décès | Cotisation forfaitaire de 1 022 € en 2026 |
Ces montants et taux sont des repères de barème. Ils ne suffisent pas à calculer votre reste à vivre, car votre situation dépend aussi de votre assiette sociale, de votre activité conventionnée, de vos acomptes déjà appelés, de votre année d’installation et de vos régularisations.
Le statut PAMC de l’orthoptiste conventionné
Les orthoptistes conventionnés relèvent du régime des PAMC, comme d’autres auxiliaires médicaux conventionnés. Ce statut compte parce qu’il influence certaines modalités de cotisations et la prise en compte de l’activité conventionnée.
Concrètement, votre activité peut être composée de deux parts :
- une activité conventionnée, réalisée dans le cadre de la convention avec l’Assurance Maladie ;
- une activité non conventionnée, par exemple certaines prestations hors du champ conventionnel, selon votre pratique réelle.
Cette distinction est importante : la part non conventionnée peut modifier certaines assiettes de calcul ou la participation de l’Assurance Maladie à certaines cotisations. C’est pour cette raison qu’un outil sérieux de suivi doit vous demander votre proportion d’activité non conventionnée, et pas seulement votre chiffre d’affaires total.
Exemple simple :
| Situation | CA mensuel | Part non conventionnée | Pourquoi cela compte |
|---|---|---|---|
| Orthoptiste A | 5 500 € | 0 % | Activité entièrement conventionnée : lecture PAMC “classique” |
| Orthoptiste B | 5 500 € | 15 % | Une partie de l’activité ne suit pas exactement les mêmes effets sociaux |
| Orthoptiste C | 5 500 € | 35 % | Le provisionnement doit être plus prudent et mieux individualisé |
Le bon réflexe n’est donc pas de copier le taux de charges d’un confrère ou d’une consœur. Deux orthoptistes avec le même CA peuvent avoir une trésorerie disponible différente selon leurs dépenses, leur régime fiscal, leur année d’installation, leur historique N-1, leurs appels déjà payés et leur part d’activité non conventionnée.
Chiffre d’affaires, résultat de trésorerie, revenu disponible : les trois chiffres à ne jamais confondre
Pour piloter votre cabinet, le chiffre d’affaires est utile, mais ce n’est pas votre revenu. Il faut descendre étape par étape.
1. Le chiffre d’affaires
C’est le total des honoraires encaissés sur la période. Par exemple :
Camille, orthoptiste installée depuis deux ans, encaisse 6 000 € en janvier.
Ces 6 000 € sont une entrée de trésorerie. Ils ne tiennent pas encore compte du loyer, du matériel, du logiciel métier, des assurances, des frais bancaires, des déplacements ou des cotisations à venir.
2. Le résultat de trésorerie professionnel
Pour piloter le mois, vous pouvez regarder un indicateur simple : chiffre d’affaires encaissé moins dépenses professionnelles connues. Ce n’est pas nécessairement votre bénéfice fiscal définitif ni votre assiette sociale exacte, mais c’est un bon point de départ pour gérer votre trésorerie.
Si Camille a 1 600 € de dépenses professionnelles sur le mois, son résultat de trésorerie avant provision sociale est proche de :
| Élément | Montant |
|---|---|
| Chiffre d’affaires encaissé | 6 000 € |
| Dépenses professionnelles | -1 600 € |
| Résultat de trésorerie avant cotisations à provisionner | 4 400 € |
Selon votre régime fiscal, le bénéfice imposable est déterminé différemment :
- en micro-BNC, l’administration applique un abattement forfaitaire sur vos recettes pour déterminer le bénéfice imposable ;
- en déclaration contrôlée / BNC réel, vos dépenses réelles sont prises en compte dans les conditions prévues par les règles fiscales.
Le micro-BNC peut sembler simple, mais il ne reflète pas toujours votre trésorerie réelle. Si vos frais sont élevés, l’abattement forfaitaire peut être moins représentatif qu’un suivi au réel. À l’inverse, si vos frais sont faibles, le micro-BNC peut rester lisible et léger administrativement.
3. Le revenu disponible
Le revenu disponible est ce que vous pouvez vous verser sans oublier les cotisations futures. Ce n’est pas “ce qu’il reste sur le compte aujourd’hui”, mais ce qu’il reste après une mise de côté cohérente.
Reprenons Camille :
| Élément | Montant |
|---|---|
| Résultat de trésorerie avant provision | 4 400 € |
| Mise de côté prudente URSSAF + CARPIMKO | -1 800 € |
| Revenu disponible avant impôt personnel | 2 600 € |
La mise de côté de 1 800 € n’est pas un taux officiel : c’est une enveloppe prudente d’anticipation dans cet exemple. Le montant réel dépend de votre situation, de vos acomptes déjà payés, de votre revenu antérieur, de votre assiette sociale, de votre régime fiscal et de votre part d’activité non conventionnée.
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À partir de votre chiffre d’affaires réel, Docaly estime vos cotisations URSSAF, votre CARPIMKO et le montant prudent à provisionner avant de vous verser votre revenu.
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Il n’existe pas un pourcentage universel valable pour tous les orthoptistes libéraux. En revanche, un réflexe fonctionne bien : provisionner à partir de votre résultat réel de trésorerie, pas à partir du seul chiffre d’affaires.
Voici trois scénarios pédagogiques pour visualiser l’écart entre CA et revenu disponible. Les montants sont volontairement arrondis et ne constituent pas un barème officiel.
| Profil fictif | CA mensuel | Dépenses pro | Résultat avant provision | Mise de côté prudente | Revenu disponible avant IR |
|---|---|---|---|---|---|
| Début d’activité progressive | 3 800 € | 1 000 € | 2 800 € | 1 100 € | 1 700 € |
| Cabinet stabilisé | 6 000 € | 1 600 € | 4 400 € | 1 800 € | 2 600 € |
| Forte activité | 8 500 € | 2 300 € | 6 200 € | 2 600 € | 3 600 € |
Ces exemples montrent un point essentiel : plus votre activité progresse, plus il faut éviter de confondre hausse de CA et hausse immédiate de revenu personnel. Une hausse d’activité augmente souvent les cotisations futures, même si les appels actuels n’ont pas encore suivi.
Une méthode prudente consiste à isoler chaque mois une enveloppe “cotisations” sur un sous-compte bancaire ou un compte dédié. L’objectif n’est pas de trouver le taux parfait au centime près, mais d’éviter que l’argent destiné aux régularisations serve à financer votre train de vie courant.
Pourquoi les régularisations créent souvent la surprise
Les cotisations des indépendants reposent souvent sur un mécanisme d’acomptes puis de régularisation. Vous payez d’abord des cotisations provisionnelles, calculées sur une base connue ou forfaitaire. Ensuite, quand votre revenu ou votre assiette est déclaré, les organismes recalculent ce qui aurait dû être payé.
Si votre activité d’orthoptiste augmente rapidement, vous pouvez donc avoir :
- des prélèvements actuels encore modérés ;
- une activité réelle plus élevée que la base utilisée ;
- une régularisation future importante ;
- une impression trompeuse de trésorerie disponible.
C’est particulièrement fréquent lors des premières années d’installation, après un changement de rythme, une extension d’horaires, une association, un déménagement de cabinet ou une hausse importante des actes réalisés.
Le bon indicateur n’est donc pas seulement le montant prélevé ce mois-ci. La vraie question est : si mes cotisations étaient déjà recalculées sur mon activité réelle, combien devrais-je garder ?
Micro-BNC ou réel : l’impact sur votre lecture des charges
Le régime fiscal ne change pas seulement votre déclaration d’impôt. Il change aussi votre manière de lire votre activité.
En micro-BNC, vous suivez principalement vos recettes. Votre bénéfice imposable est calculé avec un abattement forfaitaire. C’est simple, mais cela peut masquer votre réalité économique si vos charges professionnelles sont très différentes de l’abattement.
En BNC réel / déclaration contrôlée, vous suivez vos dépenses effectives et vous déposez une déclaration de résultats. La lecture est plus précise, mais elle exige une comptabilité plus structurée. Pour un orthoptiste avec un loyer de cabinet, du matériel, un secrétariat, des logiciels, des frais de déplacement ou des investissements réguliers, cette précision peut devenir utile.
Dans les deux cas, la trésorerie doit être pilotée mois par mois. Un régime simple ne dispense pas de provisionner. Et un régime réel ne garantit pas automatiquement que vous avez mis assez de côté.
La checklist mensuelle de l’orthoptiste libéral
À la fin de chaque mois, prenez 10 minutes pour vérifier ces cinq points :
- CA encaissé : combien ai-je réellement reçu sur le compte professionnel ?
- Dépenses du mois : quelles charges professionnelles sont déjà sorties ou à venir ?
- Part non conventionnée : mon activité hors convention a-t-elle augmenté ?
- Cotisations déjà prélevées : URSSAF et CARPIMKO ont-elles prélevé moins que ce que mon activité réelle laisse prévoir ?
- Virement personnel : combien puis-je me verser sans consommer l’argent des cotisations futures ?
Cette routine évite de prendre une décision de rémunération sur une photo incomplète de votre compte bancaire. Elle transforme votre gestion en pilotage : vous ne subissez plus les appels, vous les préparez.
Ce que Docaly apporte à un orthoptiste libéral
Docaly ne remplace pas votre comptable, vos espaces officiels URSSAF / CARPIMKO ou vos avis d’imposition. Il complète ce suivi en vous donnant une vision mensuelle, entre deux rendez-vous comptables.
Pour un orthoptiste, Docaly permet notamment de suivre :
- votre chiffre d’affaires mensuel ;
- votre régime fiscal, micro-BNC ou réel ;
- votre statut PAMC ;
- votre proportion d’activité non conventionnée ;
- vos cotisations URSSAF estimées ;
- vos cotisations CARPIMKO estimées ;
- votre régularisation prévisionnelle ;
- le montant prudent à mettre de côté ;
- le revenu que vous pouvez vous verser.
L’objectif est simple : à la fin du mois, vous ne vous demandez plus “combien puis-je prendre ?” au hasard. Vous visualisez un montant cohérent avec votre activité réelle et vos échéances futures.
Sources officielles :
- URSSAF / Mon-entreprise — Simulateur de cotisations et de revenu pour les PAMC
- URSSAF / Mon-entreprise — Simulateur de revenus pour auxiliaire médical en libéral
- CARPIMKO — Mon affiliation à la CARPIMKO
- CARPIMKO — Des cotisations adaptées à mes revenus
- CARPIMKO — Réforme de l’assiette sociale et évolutions des cotisations sociales 2026
- impots.gouv.fr — Résultat imposable à l’impôt sur le revenu ou à l’impôt sur les sociétés
- BOFiP — BNC, régime déclaratif spécial, champ d’application
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