Introduction
Quand on est praticien ou auxiliaire médical conventionné, toutes les recettes n’entrent pas de la même façon dans le calcul des cotisations réellement supportées. Deux cabinets peuvent avoir le même chiffre d’affaires, le même régime fiscal et la même caisse de retraite, mais ne pas avoir le même reste disponible si l’un réalise davantage d’honoraires en dépassement, d’actes hors nomenclature ou de recettes hors champ conventionnel.
C’est tout l’enjeu de la part d’activité hors assiette conventionnelle PAMC. Pour les praticiens et auxiliaires médicaux conventionnés, l’Assurance Maladie peut prendre en charge une partie de certaines cotisations sur une assiette liée à l’activité conventionnée. Cette prise en charge ne s’applique pas de la même façon aux dépassements d’honoraires, aux revenus non conventionnés et, selon les cas, au reste du revenu d’activité non salarié.
Résultat : une hausse de chiffre d’affaires peut être moins favorable qu’elle n’en a l’air si elle vient surtout de recettes moins ou pas éligibles à la participation de la CPAM. Le risque n’est pas seulement comptable : il est surtout de se verser trop, puis de découvrir un rattrapage URSSAF difficile à absorber.
Le sujet concerne notamment les infirmiers, masseurs-kinésithérapeutes, médecins, orthophonistes, orthoptistes, pédicures-podologues et chirurgiens-dentistes conventionnés. L’objectif n’est pas de devenir expert de la déclaration sociale : c’est de savoir, chaque mois, si vous pouvez vous verser la somme prévue sans vous exposer à une régularisation douloureuse.
Problématique
Le piège vient souvent d’un raisonnement trop simple : “j’ai encaissé 9 000 € ce mois-ci, mes charges seront à peu près les mêmes que d’habitude”. En pratique, si une partie plus importante de ces 9 000 € correspond à des dépassements, des actes hors nomenclature, des soins non remboursables ou des prestations hors cadre conventionnel, votre taux de cotisations réellement supporté peut augmenter.
Autre difficulté : l’URSSAF calcule et régularise les cotisations à partir des revenus déclarés, alors que votre trésorerie se pilote au mois. Vous pouvez donc passer plusieurs mois avec une activité hors assiette conventionnelle plus élevée, ne pas le voir immédiatement dans vos prélèvements provisionnels, puis découvrir l’écart lors de la régularisation.
C’est particulièrement vrai dans les périodes de transition : installation, changement d’agenda, développement d’une activité spécifique, hausse des dépassements, passage à davantage de soins hors nomenclature, activité mixte, remplacement ou modification de patientèle. Le chiffre d’affaires monte, mais le montant à mettre de côté doit parfois monter aussi.
Explication
Ce que signifie “hors assiette conventionnelle” pour un PAMC
Les PAMC sont les praticiens et auxiliaires médicaux conventionnés. Ils exercent une activité libérale dans le cadre d’une convention avec l’Assurance Maladie. Ce statut peut ouvrir droit, selon la profession, le secteur d’exercice et les règles applicables, à une participation de la CPAM sur certaines cotisations.
Pour piloter votre trésorerie, vous pouvez distinguer deux blocs de recettes :
| Type de recettes | Exemple courant | Effet général sur les cotisations |
|---|---|---|
| Recettes conventionnelles entrant dans l’assiette de participation CPAM | Honoraires et rémunérations forfaitaires issus de l’activité conventionnée, après retraitement des dépassements selon les règles applicables | Elles peuvent ouvrir droit à une prise en charge partielle de certaines cotisations |
| Recettes hors assiette de participation CPAM | Dépassements d’honoraires, actes hors nomenclature, soins non remboursables, prestations annexes hors champ conventionnel, autres revenus non conventionnés | Elles sont en général moins ou pas concernées par cette prise en charge ; elles peuvent aussi relever de la cotisation maladie sur le reste du revenu d’activité non salarié ou de la contribution additionnelle maladie |
La frontière exacte dépend de votre profession, de votre convention, de votre secteur d’exercice et de la nature des actes. Mais le principe à retenir est simple : plus la part de recettes hors assiette conventionnelle augmente, plus il faut être prudent dans le montant de cotisations à provisionner.
Cela ne veut pas dire qu’une activité hors nomenclature ou non conventionnée est un problème en soi. Elle peut être légitime, rentable et stratégique. Le risque apparaît seulement si vous l’intégrez comme du chiffre d’affaires “classique” sans ajuster vos provisions.
Pourquoi cette part change vos cotisations URSSAF
Pour les PAMC, les pages URSSAF distinguent notamment :
- l’assiette de participation de la CPAM, liée aux revenus tirés de l’activité conventionnée nets de dépassements d’honoraires ;
- le reste du revenu d’activité non salarié, qui peut supporter une cotisation maladie différente ;
- les revenus conventionnés en dépassements d’honoraires et certains revenus non conventionnés, qui peuvent relever d’une contribution additionnelle maladie, sous réserve des exceptions prévues par les textes et des règles propres à chaque profession.
Concrètement, trois éléments peuvent bouger :
- le montant réellement à votre charge : une part plus élevée de revenus hors assiette de participation CPAM peut augmenter la fraction de cotisations que vous supportez vous-même ;
- l’écart entre acomptes et cotisations réelles : vos prélèvements provisionnels peuvent être basés sur une situation passée qui ne reflète pas votre nouvelle répartition d’activité ;
- la régularisation : lorsque les revenus définitifs sont connus, l’URSSAF ajuste les cotisations dues. Si votre part hors assiette conventionnelle a été sous-estimée, le rattrapage peut être plus élevé.
Point important : les cotisations sociales définitives ne sont pas calculées uniquement sur le chiffre d’affaires encaissé. Elles reposent sur le revenu professionnel déclaré et sur l’assiette sociale applicable, avec des règles différentes selon que vous relevez du micro-BNC, de la déclaration contrôlée ou d’un exercice en société. Mais pour piloter votre trésorerie mois par mois, la répartition de votre CA encaissé reste un bon indicateur d’alerte.
Professions concernées dans Docaly
Dans Docaly, le champ “proportion d’activité hors assiette conventionnelle” concerne les professions PAMC suivies par l’application :
| Profession | Caisse de retraite principale | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Infirmier libéral | CARPIMKO | Isoler les actes ou prestations hors cadre conventionnel |
| Masseur-kinésithérapeute libéral | CARPIMKO | Suivre les dépassements, actes hors nomenclature et prestations annexes |
| Orthophoniste libéral | CARPIMKO | Distinguer les recettes conventionnées des recettes hors convention |
| Orthoptiste libéral | CARPIMKO | Séparer les recettes relevant du cadre conventionnel des autres recettes |
| Pédicure-podologue libéral | CARPIMKO | Suivre les soins conventionnés, les soins non conventionnés et le choix éventuel entre régime PAMC et régime TI lorsqu’il est applicable |
| Médecin libéral | CARMF | Tenir compte du secteur de conventionnement, des dépassements et des revenus hors convention |
| Chirurgien-dentiste libéral | CARCDSF | Ventiler honoraires conventionnels, dépassements, actes non remboursables et hors nomenclature |
Le principe est transversal, mais l’impact précis varie selon la profession. Un médecin secteur 1, un médecin secteur 2, un auxiliaire médical, un pédicure-podologue ou un chirurgien-dentiste n’ont pas exactement les mêmes lignes de cotisations ni les mêmes règles conventionnelles.
Comment estimer votre pourcentage chaque mois
La méthode la plus robuste consiste à suivre vos encaissements par catégorie dès le départ, sans attendre la fin de l’année.
Chaque mois, calculez :
Part hors assiette conventionnelle estimée =
Recettes hors assiette conventionnelle encaissées du mois / CA total encaissé du mois × 100
Exemple :
| Mois | CA total encaissé | Recettes hors assiette conventionnelle | Part estimée |
|---|---|---|---|
| Janvier | 8 500 € | 425 € | 5 % |
| Février | 9 200 € | 1 380 € | 15 % |
| Mars | 10 000 € | 2 500 € | 25 % |
Dans cet exemple, le chiffre d’affaires augmente, mais la structure de l’activité change aussi. Si vous continuez à mettre de côté le même pourcentage qu’en janvier, vous risquez de sous-provisionner les mois de février et mars.
Pour éviter cela, vous pouvez utiliser un suivi simple en quatre colonnes :
| Date d’encaissement | Montant | Catégorie | Commentaire |
|---|---|---|---|
| 05/02 | 60 € | Conventionné | Acte remboursable dans le cadre conventionnel |
| 08/02 | 35 € | Dépassement | Dépassement d’honoraires à isoler |
| 12/02 | 90 € | Hors nomenclature / non remboursable | Acte ou prestation hors nomenclature |
| 20/02 | 250 € | Annexe hors convention | Expertise, formation ou autre recette professionnelle à qualifier |
L’objectif n’est pas de refaire toute votre comptabilité. Il s’agit de produire une estimation fiable pour ajuster votre trésorerie avant que la régularisation ne le fasse à votre place.
Docaly intègre votre part hors assiette conventionnelle
Saisissez votre CA et votre pourcentage d’activité hors assiette conventionnelle : Docaly estime l’impact sur vos cotisations et le montant prudent à provisionner.
Activer mon essai gratuit 7 jours →Exemple concret : même CA, trésorerie différente
Prenons deux kinésithérapeutes fictifs, Lina et Marc. Ils encaissent chacun 9 000 € sur un mois.
| Situation | Lina | Marc |
|---|---|---|
| CA mensuel | 9 000 € | 9 000 € |
| Part hors assiette conventionnelle estimée | 5 % | 25 % |
| Recettes hors assiette conventionnelle | 450 € | 2 250 € |
| Recettes conventionnelles estimées | 8 550 € | 6 750 € |
À chiffre d’affaires identique, Marc a une base conventionnelle estimée plus faible et une base hors assiette conventionnelle plus élevée. Si les cotisations concernées sont moins prises en charge sur cette part, ou si cette part relève d’un autre traitement maladie, il devra prévoir davantage de trésorerie pour absorber ses charges sociales réelles.
On peut raisonner avec une formule prudente :
Surcoût potentiel ≈ revenu hors assiette conventionnelle × écart de cotisations réellement à charge
L’écart exact dépend de la profession, de l’année, de la convention, du secteur d’exercice, du niveau de revenu et de la composition des recettes. Il ne faut donc pas appliquer un taux unique à tous les PAMC. Mais même un écart de quelques points appliqué tous les mois peut représenter plusieurs centaines ou milliers d’euros sur l’année.
C’est pour cette raison qu’il vaut mieux suivre une tendance mensuelle qu’attendre un chiffre parfaitement définitif. Une estimation à 20 % au lieu de 5 % permet déjà de corriger votre provisionnement et d’éviter une mauvaise surprise.
Micro-BNC ou déclaration contrôlée : la logique reste la même, mais l’estimation diffère
Si vous êtes en micro-BNC, vous suivez généralement votre activité à partir des recettes encaissées. Pour l’impôt, le bénéfice imposable micro-BNC est déterminé à partir des recettes déclarées après application d’un abattement forfaitaire de 34 %, sous réserve des règles d’éligibilité au régime. Pour estimer votre part hors assiette conventionnelle, le plus simple est donc de ventiler votre chiffre d’affaires mensuel entre recettes conventionnelles et recettes à isoler.
Si vous êtes au régime de la déclaration contrôlée, votre résultat dépend de vos recettes et de vos charges professionnelles. Dans ce cas, la ventilation mensuelle du CA reste utile, mais votre déclaration annuelle devra s’appuyer sur votre comptabilité. Certaines charges peuvent être communes à toute l’activité ; d’autres peuvent être directement liées à une activité spécifique. En cas de doute, validez la méthode de ventilation avec votre expert-comptable.
Dans les deux cas, le bon réflexe est identique : ne pas mélanger toutes les recettes dans une seule ligne “CA” si votre activité comprend une part significative de dépassements, d’actes hors nomenclature ou de recettes hors champ conventionnel.
Comment éviter une régularisation URSSAF douloureuse
La régularisation devient difficile à absorber quand les prélèvements provisionnels ne correspondent plus à la réalité de l’année en cours. Pour limiter ce risque, adoptez ces réflexes :
- mettez à jour votre pourcentage chaque mois, même approximativement ;
- isolez les dépassements et actes hors nomenclature dès l’encaissement ;
- raisonnez en tendance, pas seulement sur un mois isolé ;
- augmentez votre provision dès que la part hors assiette conventionnelle monte durablement ;
- ne vous versez pas tout le surplus de CA tant que l’impact social n’a pas été estimé ;
- comparez vos estimations avec les éléments officiels disponibles, notamment les informations issues de la CPAM, de l’URSSAF et de votre déclaration annuelle ;
- faites valider les cas ambigus par votre expert-comptable, surtout si vous développez une activité annexe, une activité hors nomenclature ou une activité mixte.
Un seuil d’alerte pratique : si votre part hors assiette conventionnelle double ou dépasse durablement 10 à 15 % de vos encaissements, ne gardez pas automatiquement le même montant à mettre de côté qu’avant. Ce seuil n’est pas une règle URSSAF ; c’est un repère de pilotage pour éviter de découvrir trop tard que votre trésorerie disponible était surestimée.
Ce que Docaly fait avec ce pourcentage
Docaly demande la proportion d’activité hors assiette conventionnelle aux professions PAMC parce que ce pourcentage influence l’estimation des cotisations et donc le montant prudent à mettre de côté.
Chaque mois, vous saisissez votre chiffre d’affaires, vos charges et votre part d’activité hors assiette conventionnelle. Docaly transforme ces informations en une lecture simple :
- combien vous pouvez raisonnablement vous verser ;
- combien garder pour l’URSSAF et vos cotisations sociales ;
- si votre régularisation estimée augmente ;
- si votre trésorerie est en train de se tendre malgré un CA en hausse.
L’intérêt n’est pas seulement de “calculer des charges”. C’est de prendre une meilleure décision de rémunération personnelle. Un mois avec beaucoup d’activité hors assiette conventionnelle peut être un très bon mois commercialement, mais nécessiter un versement personnel plus prudent.
La règle simple à retenir
Pour un PAMC, le chiffre d’affaires ne suffit pas : il faut aussi connaître sa composition. Une hausse de CA conventionnel et une hausse de CA hors assiette conventionnelle n’ont pas toujours le même effet sur les cotisations réellement supportées.
La bonne pratique consiste donc à suivre trois chiffres chaque mois :
CA total encaissé
− recettes hors assiette conventionnelle estimées
= recettes conventionnelles estimées
Puis :
recettes hors assiette conventionnelle / CA total = pourcentage à suivre
Avec ce seul indicateur, vous améliorez fortement votre pilotage : vos acomptes ne vous donnent plus une fausse impression de sécurité, et votre régularisation devient un événement anticipé plutôt qu’un choc de trésorerie.
Relier déclaration et provision
Vous pouvez calculer votre réserve mensuelle avec Docaly, approfondir la déclaration DS PAMC et replacer ces montants dans le calendrier URSSAF 2026, avant d’anticiper la régularisation.
Sources officielles :
- Urssaf — Taux de cotisations des praticiens et auxiliaires médicaux
- Urssaf — Cotisations d’un auxiliaire médical
- Urssaf — Cotisations d’un médecin de secteur 1
- Urssaf — Cotisations d’un médecin de secteur 2
- Urssaf — Déclaration sociale et fiscale des revenus des indépendants
- Mon-entreprise Urssaf — Assiette participation CPAM
- Impots.gouv.fr — Résultat imposable IR ou IS
- CARPIMKO — Être affilié à la CARPIMKO
- CARMF — Accueil et affiliation des médecins libéraux
- CARCDSF — Affiliation
Votre part hors assiette conventionnelle, intégrée à votre trésorerie
Vous suivez votre CA, votre part hors assiette conventionnelle, vos cotisations estimées et le montant à mettre de côté avant la régularisation.
Activer mon essai gratuit 7 jours →En quelques minutes, vous visualisez l’impact de la composition de votre activité sur vos cotisations et votre trésorerie mensuelle.