Introduction
Lorsque l’on s’installe comme infirmier, kinésithérapeute, médecin, psychologue ou autre professionnel de santé libéral, l’ACRE peut alléger certaines échéances sociales. Mais cette aide est souvent mal comprise : elle ne signifie ni « zéro cotisation », ni trésorerie définitivement préservée.
Depuis le 1er janvier 2026, l’ACRE doit être demandée à l’Urssaf par les travailleurs indépendants et les praticiens ou auxiliaires médicaux concernés. La demande doit être déposée dans les 60 jours suivant le début d’activité. L’aide n’est donc pas automatiquement acquise du seul fait de la création de l’activité.
L’enjeu est surtout d’éviter un effet de surprise. Des cotisations réduites au démarrage peuvent donner l’impression que le revenu disponible est plus élevé qu’il ne le sera réellement. Lorsque l’exonération prend fin et que les cotisations sont recalculées à partir du revenu connu, le montant appelé peut augmenter sensiblement.
À retenir : pour les travailleurs indépendants hors micro-entreprise, l’ACRE est une exonération temporaire et partielle de certaines cotisations sociales pendant 12 mois, sous conditions. Pour les micro-entrepreneurs, les modalités et la durée sont différentes : le taux de cotisations sociales est réduit de 25 % jusqu’à la fin du troisième trimestre civil suivant le début d’activité.
Problématique
L’ACRE réduit-elle vraiment toutes les cotisations URSSAF ?
Non. Pour un soignant libéral relevant du régime des travailleurs indépendants, l’ACRE porte sur certaines cotisations sociales personnelles, sous conditions de revenu et d’éligibilité.
Pour les activités créées ou reprises à compter du 1er janvier 2026, l’exonération applicable aux travailleurs indépendants hors micro-entreprise est fixée à 25 % des cotisations concernées lorsque le revenu professionnel est inférieur ou égal à 75 % du plafond annuel de la Sécurité sociale, soit 36 045 € en 2026. Elle devient dégressive entre 36 045 € et 48 060 €, puis n’est plus applicable lorsque le revenu atteint ou dépasse 48 060 €, soit 100 % du PASS 2026.
D’autres contributions restent dues, notamment la CSG-CRDS, la contribution à la formation professionnelle et, selon le statut, les cotisations de retraite complémentaire ou les contributions aux unions régionales des professionnels de santé.
Le détail dépend aussi de votre situation : profession, régime social, niveau de revenu professionnel, statut juridique, régime micro ou non, et éventuelle activité conventionnée ou non conventionnée pour les praticiens et auxiliaires médicaux conventionnés (PAMC).
Pourquoi la trésorerie peut-elle se tendre après l’exonération ?
Au début, les cotisations provisionnelles sont généralement calculées sans disposer d’un revenu professionnel définitif. Elles peuvent donc être établies sur une base forfaitaire ou sur une estimation. L’ACRE peut réduire une partie des montants dus pendant sa période d’application.
Plus tard, l’Urssaf ou la caisse compétente recalcule les cotisations à partir du revenu déclaré. Deux mouvements peuvent alors se cumuler :
- la fin de l’exonération, qui augmente les cotisations courantes ;
- la régularisation, qui corrige l’écart entre les cotisations provisionnelles déjà payées et les cotisations finalement dues.
Explication
Qu’est-ce que l’ACRE pour une profession libérale de santé ?
L’ACRE — aide à la création ou à la reprise d’une entreprise — est un dispositif qui permet, sous conditions, de bénéficier d’une exonération temporaire de certaines cotisations sociales personnelles au début de l’activité indépendante.
Pour une activité libérale de santé exercée en entreprise individuelle hors micro-entreprise, l’aide ne constitue pas une subvention versée sur le compte bancaire. Son effet est indirect : certaines cotisations sont diminuées pendant une période de 12 mois suivant la date d’affiliation, ce qui peut réduire les appels de cotisations et améliorer la trésorerie à court terme.
En 2026, le professionnel doit effectuer une demande auprès de l’Urssaf dans un délai maximal de 60 jours suivant le début de l’activité. Il doit joindre le justificatif de création d’activité et les pièces justifiant son éligibilité. L’Urssaf indique que l’ACRE est accordée sous réserve du respect des conditions prévues par la réglementation.
Les conditions d’éligibilité comprennent notamment certaines situations liées au chômage, à l’âge, aux minima sociaux, à la reprise d’une entreprise en difficulté ou à l’implantation dans certains territoires. Il ne faut pas avoir bénéficié de l’ACRE au cours des trois années précédentes au titre d’une activité antérieure.
Le cas du micro-BNC
Le régime micro-entrepreneur obéit à une règle différente. Pour les micro-entrepreneurs, l’ACRE correspond à un taux de cotisations sociales égal à 75 % du taux normal, soit une réduction de 25 %.
Cette réduction s’applique jusqu’à la fin du troisième trimestre civil suivant la date de début d’activité. Elle ne dure donc pas nécessairement 12 mois calendaires. Par exemple, une activité commencée en septembre peut bénéficier de l’ACRE jusqu’au 30 juin de l’année suivante.
Le professionnel en micro-BNC doit donc vérifier le régime auquel il est réellement rattaché avant de transposer les règles applicables aux travailleurs indépendants hors micro-entreprise.
Ce que l’ACRE peut réduire
Pour les travailleurs indépendants hors micro-entreprise, l’exonération porte sur certaines cotisations sociales personnelles, dans la limite des règles et seuils de revenu applicables.
Les cotisations concernées peuvent notamment comprendre :
- l’assurance maladie-maternité ;
- les allocations familiales ;
- la retraite de base ;
- l’invalidité-décès.
L’exonération n’est pas nécessairement totale. Pour les activités créées ou reprises à compter du 1er janvier 2026, elle est plafonnée à 25 % des cotisations concernées lorsque le revenu professionnel est inférieur ou égal à 75 % du PASS. Elle devient dégressive entre 75 % et 100 % du PASS et disparaît à partir de 100 % du PASS.
Le revenu utilisé pour déterminer le montant définitif de l’exonération est le revenu professionnel retenu lors de la déclaration des revenus réels. Il peut donc exister un écart entre une exonération appliquée provisoirement et le montant finalement justifié par le revenu déclaré.
Il faut donc distinguer les cotisations entrant dans le champ de l’ACRE et le montant effectivement exonéré. Une aide accordée ne signifie pas que toutes les lignes de votre échéancier sont supprimées.
Ce que l’ACRE ne réduit pas nécessairement
L’ACRE ne remplace pas l’ensemble des prélèvements liés à votre activité. Selon votre situation, restent notamment à surveiller :
- la CSG-CRDS, qui n’entre pas dans le champ de l’exonération ACRE ;
- la contribution à la formation professionnelle, qui reste due ;
- la contribution aux unions régionales des professionnels de santé (CURPS) lorsqu’elle est applicable aux professionnels concernés ;
- la cotisation de retraite complémentaire, qui n’est pas exonérée au titre de l’ACRE ;
- les cotisations dues directement à une caisse professionnelle, lorsqu’elles relèvent de votre régime ;
- les cotisations facultatives, comme une prévoyance ou un contrat de retraite supplémentaire ;
- les frais professionnels et les impôts, qui ne sont pas des cotisations sociales exonérées par l’ACRE.
Pour les soignants affiliés au régime PAMC, la situation conventionnelle peut également modifier la lecture des cotisations. La participation de l’Assurance Maladie est liée à l’activité conventionnée et ne doit pas être confondue avec l’ACRE. La part d’activité non conventionnée doit être suivie séparément lorsqu’elle existe.
Tableau de lecture rapide
| Élément | Effet possible de l’ACRE | Réflexe de trésorerie |
|---|---|---|
| Maladie-maternité, allocations familiales, retraite de base et invalidité-décès entrant dans le dispositif | Réduction temporaire, selon le régime et le revenu | Ne pas transformer toute l’économie en revenu disponible |
| CSG-CRDS | Non exonérée par l’ACRE | Continuer à la provisionner |
| Retraite complémentaire | Non exonérée par l’ACRE ; caisse ou organisme à identifier selon le statut | Maintenir une enveloppe dédiée |
| Contribution à la formation professionnelle | À prévoir séparément | Anticiper l’appel ou le paiement annuel |
| CURPS pour les professionnels concernés | À prévoir séparément | Vérifier son application auprès de l’Urssaf |
| Impôt sur le revenu | Non concerné par l’ACRE | Mettre de côté une somme distincte |
| Régularisation ultérieure | Possible si les acomptes étaient inférieurs au montant réel | Suivre l’écart chaque mois |
Ces catégories donnent une grille de compréhension, pas un calcul personnalisé. Le contenu de votre échéancier, votre attestation ACRE et les notifications de votre organisme restent les références pour connaître les sommes réellement dues.
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Des cotisations provisionnelles au démarrage
Lorsqu’un professionnel débute, l’Urssaf ne connaît pas encore son revenu professionnel définitif. Les cotisations sont donc appelées provisoirement, puis ajustées lorsque les revenus sont déclarés.
L’ACRE peut diminuer les montants correspondant aux cotisations exonérées pendant sa période d’application. En revanche, elle ne permet pas de déduire librement n’importe quelle somme de chaque prélèvement. Le calcul dépend de l’assiette, des cotisations concernées, du régime applicable et du niveau de revenu retenu.
Pour éviter les incompréhensions, séparez dans votre suivi :
- les acomptes effectivement prélevés par l’Urssaf et, le cas échéant, les appels de votre caisse professionnelle ;
- les cotisations estimées après application des règles ACRE ;
- les cotisations qui restent dues malgré l’exonération ;
- l’écart potentiel à régulariser plus tard.
Une demande de modulation peut-elle remplacer l’ACRE ?
Non. La modulation des cotisations provisionnelles et l’ACRE sont deux mécanismes différents. La première vise à rapprocher les acomptes de votre revenu estimé ; la seconde est une exonération prévue par le dispositif, sous conditions.
Si votre chiffre d’affaires augmente rapidement, des acomptes trop faibles peuvent créer une dette de régularisation. À l’inverse, une estimation trop prudente peut peser inutilement sur le compte professionnel. Une estimation réaliste, mise à jour au fil des mois, est préférable à un montant choisi uniquement pour préserver la trésorerie immédiate.
Exemple de lissage mensuel après l’ACRE
Prenons le cas fictif de Camille, diététicienne libérale. Son activité démarre progressivement : son chiffre d’affaires est faible les premiers mois, puis augmente lorsque son agenda se remplit. Elle bénéficie de l’ACRE sur une partie de ses cotisations, mais continue à payer les contributions qui restent dues et les dépenses liées à son activité.
Au lieu de considérer l’économie ACRE comme une somme disponible, Camille peut mettre en place un lissage :
- elle conserve une réserve correspondant aux cotisations non exonérées ;
- elle ajoute chaque mois une enveloppe destinée à la remontée future des cotisations ;
- elle réévalue cette enveloppe lorsque son chiffre d’affaires mensuel progresse ;
- elle distingue cette réserve de celle destinée à l’impôt sur le revenu.
Exemple de méthode, sans montant présenté comme une règle fiscale : si Camille estime que ses prélèvements sociaux pourraient augmenter de 300 € par mois après la fin de l’ACRE, elle peut commencer par réserver 100 € par mois, puis augmenter progressivement cette somme lorsque son revenu devient plus stable. L’objectif n’est pas de prédire un montant exact, mais de réduire le saut de trésorerie au moment du changement.
Cette logique peut s’appliquer à un infirmier, un kinésithérapeute, un orthophoniste, un médecin, un dentiste, un pharmacien ou tout autre professionnel libéral de santé, en adaptant les postes à sa caisse de retraite et à son régime social.
Anticiper la hausse des cotisations après l’ACRE
Le bon moment pour commencer
Il est préférable de préparer la sortie de l’ACRE dès les premiers mois, plutôt que d’attendre le premier échéancier plus élevé. Trois indicateurs sont particulièrement utiles :
- le chiffre d’affaires cumulé depuis le début de l’activité ;
- le bénéfice ou revenu professionnel estimé après dépenses ;
- la différence entre les cotisations théoriques et les acomptes déjà payés.
Un chiffre d’affaires qui progresse ne signifie pas que la totalité peut être versée en revenu personnel. Il faut conserver une part pour les dépenses, les cotisations, la retraite complémentaire, les impôts et les éventuelles régularisations.
La fin de l’ACRE n’est pas toujours le seul événement
La hausse peut intervenir alors que l’exonération arrive à son terme, mais aussi lorsque l’Urssaf ou la caisse professionnelle dispose enfin d’un revenu déclaré plus élevé. Le calendrier de déclaration et de régularisation peut donc produire un décalage entre la croissance de l’activité et le montant appelé.
C’est ce décalage qui fragilise les installations récentes : le compte bancaire reflète le chiffre d’affaires encaissé, tandis que les cotisations correspondant à ce niveau d’activité arrivent parfois plusieurs mois plus tard.
Les erreurs fréquentes à éviter
Confondre exonération et absence de cotisations
Même avec l’ACRE, certaines cotisations et contributions restent dues. Ne basez pas votre budget personnel sur le montant total encaissé après dépenses.
Croire que l’ACRE est automatique en 2026
Pour les demandes relevant des règles applicables depuis le 1er janvier 2026, la demande doit être adressée à l’Urssaf dans les 60 jours suivant le début d’activité. Conservez l’accusé de réception et l’attestation lorsque l’ACRE est accordée.
Dépenser toute l’économie réalisée
L’économie temporaire peut être utile pour financer du matériel, constituer une réserve de sécurité ou absorber les premiers frais. Elle ne doit pas être considérée automatiquement comme un revenu permanent.
Oublier la caisse de retraite
L’Urssaf n’est pas le seul organisme à suivre. Les infirmiers, orthoptistes, orthophonistes, masseurs-kinésithérapeutes et pédicures-podologues relèvent notamment de la CARPIMKO lorsqu’ils exercent dans les conditions d’affiliation prévues par cette caisse. Les médecins relèvent de la CARMF, les chirurgiens-dentistes de la CARCDSF et les pharmaciens libéraux de la CAVP.
Pour les autres professions, la caisse ou le régime compétent dépend de la profession, du statut et des conditions d’exercice. Il ne faut pas déduire l’affiliation à une caisse uniquement du titre professionnel utilisé dans la communication commerciale.
Ne pas distinguer trésorerie et résultat
Le solde bancaire du mois ne correspond pas nécessairement au revenu disponible. Une somme encaissée peut déjà être destinée à une échéance future. Le suivi doit donc faire apparaître séparément le montant que vous pouvez vous verser et celui à mettre de côté.
Une méthode simple pour piloter votre première année
Chaque mois, vous pouvez suivre les cinq étapes suivantes :
- saisir le chiffre d’affaires réellement encaissé ;
- mettre à jour les dépenses professionnelles prévisibles ;
- identifier les cotisations déjà prélevées et celles qui restent estimées ;
- réserver une enveloppe pour la hausse après l’ACRE et la régularisation ;
- déterminer un montant de revenu personnel compatible avec cette réserve.
L’objectif n’est pas de remplacer les calculs de l’Urssaf, de votre caisse de retraite ou l’accompagnement d’un comptable. Il s’agit de disposer d’une vision de trésorerie entre deux échéances et de réagir suffisamment tôt lorsque l’activité évolue.
Docaly peut compléter ce suivi en calculant une estimation de pilotage à partir du chiffre d’affaires saisi, en estimant l’écart entre acomptes et cotisations réelles, puis en indiquant le montant à vous verser et celui à mettre de côté. Les résultats restent des estimations : ils ne remplacent pas votre échéancier officiel, votre attestation ACRE, les appels de votre caisse ou un conseil fiscal personnalisé.
Pour approfondir la gestion du démarrage, consultez aussi notre guide sur la première année d’installation en libéral et les cotisations. Pour une approche plus opérationnelle du rattrapage, découvrez comment anticiper une régularisation URSSAF.
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Sources :
- Urssaf — L’ACRE : l’aide pour les créateurs et repreneurs
- Urssaf — Formulaire de demande d’ACRE pour travailleur indépendant, praticien ou auxiliaire médical
- Urssaf — Cotisations et contributions sociales des travailleurs indépendants
- Urssaf — Taux de cotisations des professions libérales réglementées hors Cipav
- Urssaf — Cotisations des praticiens et auxiliaires médicaux
- Service-Public.fr — Aide à la création ou à la reprise d’une entreprise (ACRE)
- Légifrance — Code de la sécurité sociale, article L131-6-4
- Légifrance — Code de la sécurité sociale, article D131-6-1
- CARMF — Cotisations en début d’activité
- CARPIMKO — Statuts et professions affiliées
- CARCDSF — Chiffres clés et professions affiliées
- CAVP — La CAVP, caisse obligatoire des pharmaciens libéraux
- Ameli — Praticien ou auxiliaire médical conventionné : prise en charge des cotisations
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